|
|
L'expérience d'un professeur de Français... Cécile Revéret ... [explique] comment elle enseigne le français — comment, en fait, elle rattrape par le bout des cheveux des élèves en déshérence, abandonnés qu’ils furent par un système scolaire qui a réalisé l’égalité par en bas — toujours plus bas... ... à deux doigts de la retraite, elle livre dans 96 pages la quintessence de ce que furent ses quarante années de carrière — ombres et lumières, et ombres pour finir... Premier temps fort : toute à l’angoisse du tout premier contact, Cécile prépare un cours d’enfer, un vrai modèle pour CAPES de Lettres. C’est à la fois drôle et émouvant, de l’entendre raconter combien ses élèves ont été « bluffés » par ce cours « insensé, totalement inadapté»: dès cette première heure, « ils savent que je vais leur apprendre quelque chose qu’ils ignorent ». Et tout est là : ne pas mettre la barre trop haut, mais la mettre au dessus de la pauvre estime qu’ils ont d’eux-mêmes. « Ce premier cours, dit-elle, m’a aussi appris qu’ils ne redoutaient pas la difficulté ». Oh non — et ils méprisent aisément ceux qui, sous prétexte de se mettre à leur portée, descendent encore et toujours la barre — et le niveau. ... Nous parlons de temps très anciens, où, en arrivant en Sixième, « les élèves savaient ce qu’ils étaient censés savoir en quittant l’école ». Mais tempus fugit, comme dirait cette spécialiste du latin-grec ... Avec le temps, va, tout s’en va, « et dans les années 90 » (le crime est daté), « les réformateurs sont venus à nous, sur le terrain. Il s’agissait de persuader tous les récalcitrants du bienfait des nouveautés »... Le français, discipline « transversale » par excellence, a été le lieu favori d’exercice des pédagogues fous — qui, au passage, faisaient le sale boulot des ministères successifs, en suggérant de supprimer des heures d’enseignement spécifique et disciplinaire. Toujours moins, comme aurait alors écrit un François de Closets intelligent — hypothèse inédite. ... Mais là encore, les pédagogies modernes sont passées par là, et le latin, explique-t-elle, ne s’apprend plus que dans le contact immédiat avec les textes (le sens, le sens d’abord, vous dis-je !). Sauf que « apprendre à distinguer un nom d’un verbe à 14 ans, c’est trop tard ». Et les rosent continues a poussé. Avec épines, désormais. ... Le collège, devenu « ambition / réussite » pour camoufler le fait qu’il n’a pas d’ambition, et guère de réussite, accueille désormais une majorité d’enfants pré-détruits, violents, et vulgaires — de cette vulgarité répétitive née d’un tout petit nombre de monosyllabes inlassablement ânonnés. Le quotidien des profs, désormais, ce sont les rapports rédigés dans l’instant, pour ne pas oublier les termes exacts de l’injure (« vieille pute » ou « sale pute » ?) dont les a gratifiés un enfant auquel on a renoncé à apprendre les rudiments de base de la civilisation — la politesse, le goût du travail, et la patience. Jean-Paul Brighelli - Mariane - Mardi 13 Octobre 2009 (extraits) Voir aussi les articles de Louise Tourret sur slate.fr , par exemple http://www.slate.fr/story/92053/orthographe Lire aussi des extraits de "Teacher man" de Franck McCourt
|
|